glinabosn Messages postés : 4 Timide mais... |
Posté le 14/08/2007 14:50:14 | | « LE VIDE » 22/05/07
Je sonde…et le vide s’empare de moi…le prolongement de mon bras perfore la croûte terrestre à la recherche d’un système pyrotechnique complexe, destructeur mais aussi fascinant. Tout les cinq centimètres je me rapproche peut être d’elle, tandis que mes pensées s’échappent. J’essais souvent de ressentir cet état mais impossible, cette nouvelle sensation se mérite et je devrais avoir « peur ».
Je sonde…ce geste est répété, précis, travaillé, interprété, violent mais dans la finesse, chaque coup a sa propre et unique interprétation à sa juste valeur, cette tige magnétique innocente et pure n’est autre que le prolongement de mon bras. Je rentre dans les bas fonds et inspecte méticuleusement, mes genoux avance sur un sol propre tandis que ma sonde fait le ménage. Je pense à rien, pas une image…contrairement aux instants où la mort nous fait de l’œil et que l’image de ma mère apparaît, comme si elle était notre premier contact et notre dernière vision. Là, c’est le vide, je suis sourd, aveugle, mon corps sous sa montagne de Kevlar flotte, pas de sueur, pas froid, moi et mon travail. J’essais de ressentir le vide total à nouveau mais comment se souvenir du « néant » ? Sous mon enveloppe corporelle palpite en moi un nouveau sentiment très agréable « indéfinissable », cette drogue naturelle nous amène à une réflexion inconnue suivant ses degrés. Toutes ces sensations me manquent aujourd’hui, je me sens mort, inerte ! Tel une mine humaine parachutée au hasard, bourrée d’énergie qui n’attend qu’une délivrance par une main innocente.
Je sonde…encore et encore, à la recherche d’un produit dérivé de la grande faucheuse. Une question se pose « vient-elle à nous ou nous attire-t-elle ?
Les camarades sont en base arrière dans un abri de fortune, certains récupèrent de leurs efforts et se réapprovisionnent l’esprit par petites touches, en silence ; d’autres dorment ; d’autres se préparent à me relever en s’habillant lentement et méticuleusement pour bien s’imprégner de « notre » atmosphère si particulier. Nous n’avons pas besoin de communiquer verbalement, nous sommes une famille, une équipe affûtée et professionnelle, le regard fait le travail aussi bien que la parole si mal utilisée dans notre société.
Je suis en appui sur mes rotules, mes genoux sont la démarcation entre la sécurité et l’inconnu, je suis la balance de ce milieu.
Je sonde…même si je répète inlassablement ce geste depuis quinze minutes, chaque coup est différent, « PAS LE DROIT A L’HABITUDE » !!!!
Je viens de flirter avec un démon, le son et le touché me font tilt. Je sonde autour et en déterminant la forme, le gabarit, je vois son percuteur qui se fond tel un trèfle dans cette mer verdoyante. Je me retourne et jette un regard à mon binôme, j’extirpe ma baïonnette et la découvre soigneusement, je l’identifie mais pas de place à l’euphorie du devoir accompli. Je la contemple avec crainte tandis que je lui cale un trombone en guise de sécurité, des images défilent…une jambe, un pied, un tronc ou une vie que je rends gracieusement au hasard. Je dévisse soigneusement la tête « l’équilibre est fragile » et la tend à mon binôme. Mes vingt minutes s’achèvent, ma doublure saisit mon mousqueton harnaché au dos de mon gilet et me relève, mes genoux sont ankylosés, ma tête tourne, j’ai pris vingt ans ! Je marche dos au champ de mine et rejoins mes camarades. En chemin, je croise mon remplaçant et lui dis « MINES !». On a toujours une terrible sensation quand on voit son collègue aller poser ses genoux dans notre propre empreinte à la limite du ruban jaune « l’accident ». Mes camarades viennent à moi et m’aident a me dépêtrer de cette armure des temps modernes. On me tend un café et une cigarette dont je prendrai le temps d’apprécier, je reste silencieux, ce moment est à moi et chacun le respecte, le temps qu’il me faudra pour refaire surface, pour me rééquiper et y repartir pour une nouvelle tranche de vingt minutes.
Vingt minutes est le temps maximum où l’on est à cent pour cent de tout nos sens, quatre-vingt-dix-neuf pour cent n’est pas suffisant.
Aujourd’hui encore je sonde, à la recherche de je ne sais quoi, peut être rien……..
Cette mine là est bien plus problématique à localiser. Existe-t-elle ? Saurais-je l’interpréter pour en faire bon usage ? Je ne risque pas l’explosion pyrotechnique où tout s’arrête, c’est une destruction morale qui me ronge à petit feu tout en me glaçant les globules rouges.
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